Depuis quelque temps, les enfants que je reçois se ressemblent bien plus qu’on ne l’imagine. Les motifs de consultation sont variés, mais derrière les mots des parents, les corps racontent souvent la même histoire.
Des enfants qui bougent beaucoup, qui peinent à se concentrer, qui semblent toujours « sur le fil », fatigués, irritables ou débordés par leurs émotions. Et presque toujours, une même toile de fond : un stress profond, souvent invisible.
Ce que les parents me disent en arrivant
Très souvent, j’entends :
- « Il n’arrive pas à rester en place »
- « Il est tout le temps en mouvement »
- « Il se déconcentre très vite »
- « Il s’énerve pour un rien »
- « L’école nous a alertés »
- « On nous a conseillé de faire un bilan »
Dans la grande majorité des situations, l’école ne parle pas directement de TDAH. Les enseignants observent, s’inquiètent, puis orientent les familles vers des psychologues ou des psychothérapeutes afin de réaliser des bilans.
Ce sont ensuite ces bilans normés qui concluent parfois à des troubles de type TDAH.
Les parents arrivent alors avec un compte rendu, des mots lourds de sens… et beaucoup de questions.
Ce que j’observe, moi, dans le corps des enfants
Quand je rencontre ces enfants, mon regard se pose d’abord sur leur corps, bien avant toute étiquette.
Et ce que j’observe le plus souvent, ce sont :
- des corps en tension permanente
- une agitation qui ressemble davantage à une hypervigilance qu’à un excès d’énergie
- une grande difficulté à se poser, même dans des moments calmes
- une hypersensibilité aux bruits, aux mouvements, à l’environnement
- des réflexes archaïques encore très actifs
Le corps semble souvent fonctionner comme s’il était en alerte permanente, comme s’il n’avait pas intégré qu’il pouvait se sentir en sécurité.
TDAH : que disent réellement les études ?
Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité existe. C’est un trouble neurodéveloppemental reconnu.
Mais une question essentielle mérite d’être posée : combien d’enfants sont réellement concernés ?
Les grandes études épidémiologiques internationales, menées à partir de critères cliniques rigoureux, estiment que le TDAH concerne environ 5 à 8 % des enfants.
Cela signifie que :
- tous les enfants agités ne sont pas TDAH
- tous les enfants inattentifs ne sont pas TDAH
- tous les enfants sensibles ou stressés ne sont pas TDAH
Ces mêmes études montrent également que les taux de diagnostic varient fortement selon les pays, les pratiques professionnelles et les outils utilisés. Le chiffre du TDAH dépend donc beaucoup de la manière dont l’enfant est observé et évalué.
Les limites des bilans normés
Les bilans normés sont des outils précieux. Ils permettent d’objectiver des comportements, de poser des repères, de guider certaines orientations.
Mais ils ont aussi leurs limites.
Ils évaluent principalement des comportements observables, des scores, des écarts à une norme statistique. Ils ne permettent pas toujours de différencier finement ce qui relève :
- d’un TDAH,
- d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA),
- ou d’un état de stress chronique et d’insécurité neurophysiologique.
Dans ces trois situations, l’agitation peut être présente. Mais l’énergie sous-jacente n’est pas la même.
Ce que je ressens dans ma pratique
Dans mon accompagnement, je perçois très clairement la différence entre :
- un enfant réellement désorganisé, débordé intérieurement, parfois incontrôlable,
- et un enfant stressé, en hypervigilance, qui bouge pour tenter de se réguler.
Un enfant stressé peut être agité, mais il n’est pas désorganisé de la même manière. Son corps cherche avant tout à retrouver un sentiment de sécurité.
Dans ma pratique, je reçois majoritairement des enfants :
- stressés,
- en insécurité permanente,
- avec un système nerveux qui peine à s’autoréguler,
- et très peu d’enfants correspondant à un TDAH « classique » tel que décrit dans les études cliniques.
Avant de chercher à faire taire un comportement, je m’intéresse à ce que le corps essaie de dire.
Ce que le mouvement change
Lorsque l’on travaille par le mouvement, l’intégration des réflexes archaïques et l’écoute fine du corps, j’observe souvent :
- un apaisement progressif,
- une meilleure capacité à se poser,
- une attention plus stable,
- une diminution de l’agitation,
- et surtout, des enfants qui se sentent enfin en sécurité dans leur corps.
Il ne s’agit pas d’opposer les approches, ni de nier l’existence des troubles, mais d’ouvrir le champ des possibles et de proposer une lecture plus globale du développement de l’enfant.
Pour conclure
Chaque enfant est unique. Mais tous ont besoin d’être compris dans leur globalité : corps, émotions, système nerveux, environnement.
Avant de poser une étiquette définitive, il est parfois essentiel de se demander : et si ce comportement était avant tout l’expression d’un système nerveux en quête de sécurité ?
Quand l’enfant grandit sereinement, toute la famille respire.
Cet accompagnement ne se substitue en aucun cas à un suivi médical ou paramédical. Il s’inscrit dans une approche complémentaire, globale et respectueuse du développement de l’enfant.
À retenir
- Agitation ≠ forcément TDAH
- Un stress chronique peut mimer certains signes
- Le bilan reste une étape utile (et ne dit pas tout du vécu corporel)
- Travailler la sécurité corporelle peut aider l’enfant à mieux s’autoréguler
