Pourquoi parler de ce lien ?
Lorsque l’on parle d’autisme, on évoque souvent des difficultés de communication, des particularités sensorielles, une hypersensibilité, des comportements répétitifs ou encore un besoin de contrôle et de prévisibilité. Ces manifestations sont généralement décrites comme « neurologiques » ou « développementales ».
Pourtant, une lecture complémentaire existe : celle du développement neuromoteur et des réflexes archaïques. Sans prétendre expliquer l’autisme à lui seul, ce regard permet parfois de mieux comprendre certains comportements… et surtout d’ouvrir des pistes d’accompagnement respectueuses du rythme de chacun.
Parmi ces réflexes, le Réflexe de Paralysie par la Peur (RPP) occupe une place centrale.
Qu’est-ce que le Réflexe de Paralysie par la Peur ?
Le Réflexe de Paralysie par la Peur est un réflexe archaïque présent très tôt dans la vie intra-utérine. Il s’active face à un danger perçu comme vital. Son rôle est simple et fondamental : figer l’organisme pour survivre.
Lorsqu’il est activé, le corps entre dans un état d’alerte extrême :
- blocage respiratoire ou respiration très haute
- hypervigilance
- augmentation du stress
- difficulté à s’adapter ou à se détendre
Dans un développement harmonieux, ce réflexe s’inhibe progressivement au cours de la petite enfance, laissant la place à des réponses plus adaptées comme le Réflexe de Moro, puis à une régulation émotionnelle plus mature.
Mais lorsque le RPP reste actif, l’organisme peut rester coincé dans un mode survie.
RPP non intégré : un corps en insécurité permanente
Un Réflexe de Paralysie par la Peur non intégré peut se manifester par :
- une hypersensibilité sensorielle (bruits, lumières, textures)
- une grande anxiété
- des difficultés de contact ou de relation
- un besoin de contrôle important
- des réactions de figement ou, au contraire, d’agitation intense
- une fatigue chronique liée à un état d’alerte constant
Le corps ne se sent jamais totalement en sécurité.
Et le lien avec l’autisme ?
De nombreuses personnes autistes décrivent un monde perçu comme imprévisible, agressif ou envahissant sur le plan sensoriel. Cette perception peut maintenir le système nerveux dans une hyperactivation quasi permanente.
Dans cette lecture, le RPP non intégré n’est pas la cause de l’autisme, mais il peut :
- amplifier les difficultés sensorielles
- renforcer les comportements de retrait ou de protection
- limiter la disponibilité relationnelle
- compliquer l’adaptation aux changements
Autrement dit, lorsque le corps reste bloqué dans un réflexe de survie, il devient très difficile pour l’enfant (ou l’adulte) d’explorer, d’apprendre et d’entrer en relation de manière sereine.
Ce que dit la neuroscience aujourd’hui
Les neurosciences affectives et développementales confirment aujourd’hui un point essentiel : le système nerveux autonome joue un rôle central dans le développement, la régulation émotionnelle et les capacités relationnelles.
Des chercheurs comme Stephen Porges (théorie polyvagale) ont mis en évidence que lorsque le système nerveux reste bloqué dans des états de survie (figement, fuite, lutte), les fonctions supérieures du cerveau — communication, attention, apprentissage, interaction sociale — deviennent moins accessibles.
Chez les personnes autistes, de nombreuses études montrent :
- une hyperréactivité du système nerveux autonome
- des particularités dans le traitement sensoriel
- une difficulté accrue à revenir à un état de sécurité physiologique après un stress
Ces données ne définissent pas l’autisme comme un trouble du comportement, mais comme une organisation neurologique particulière, souvent associée à un système nerveux qui perçoit l’environnement comme moins sûr.
Dans ce contexte, le Réflexe de Paralysie par la Peur peut être compris comme un mécanisme archaïque de protection, susceptible de rester actif plus longtemps lorsque le système nerveux est soumis très tôt à une surcharge sensorielle ou émotionnelle.
Cette lecture neuroscientifique rejoint une approche corporelle : avant de demander des adaptations cognitives ou comportementales, le corps a besoin de sécurité.
Une autre façon de regarder les comportements
Ce regard change profondément la lecture des comportements :
- Et si ce n’était pas un refus, mais une protection ?
- Et si ce n’était pas un trouble, mais un système nerveux saturé ?
- Et si le corps faisait simplement de son mieux pour survivre ?
Cette approche invite à passer de la question :
« Comment corriger ce comportement ? »
à :
« De quoi le système nerveux a-t-il besoin pour se sentir en sécurité ? »
Des pistes d’accompagnement respectueuses
L’intégration des réflexes archaïques, et notamment du RPP, vise à redonner au corps une sensation de sécurité intérieure. Cela passe par des mouvements lents, des stimulations sensorielles adaptées et un accompagnement progressif.
Chez certaines personnes autistes, ce travail peut permettre :
- une diminution de l’hypervigilance,
- une meilleure tolérance sensorielle
- un apaisement émotionnel
- une plus grande disponibilité corporelle et relationnelle
Il ne s’agit pas de « normaliser », ni de faire disparaître l’autisme, mais d’aider le corps à sortir d’un état de survie chronique.
Le QST – Qi Gong Sensory Training
Le QST – Qi Gong Sensory Training est un protocole corporel doux, issu du Qi Gong thérapeutique, spécifiquement conçu pour accompagner les enfants (et les adultes) présentant des hypersensibilités sensorielles et neurodéveloppementales, notamment dans le cadre des TSA.
Il repose sur des mouvements lents, rythmés et répétitifs, associés à des pressions profondes, des bercements et une présence relationnelle sécurisante. L’objectif n’est pas la performance, mais la régulation du système nerveux et l’amélioration de l’intégration sensorielle.
Le QST agit notamment sur :
- la conscience du schéma corporel
- la régulation des hypersensibilités tactiles, proprioceptives et vestibulaires
- la diminution du stress et des réactions de défense
- le renforcement du sentiment de sécurité dans le corps
- Le système digestif
Cette approche est particulièrement pertinente lorsque le Réflexe de Paralysie par la Peur est encore très actif, car elle permet au système nerveux de faire l’expérience répétée d’un mouvement lent, prévisible et sécurisant.
Le QST ne vise pas à modifier la personne, mais à offrir au corps un cadre sensoriel contenant, favorisant l’apaisement, la relation et la disponibilité à l’apprentissage.
Il s’inscrit pleinement dans une approche respectueuse de la neurodiversité, en soutenant le corps là où les mots ne suffisent pas.
Il ne s’agit pas de « normaliser », ni de faire disparaître l’autisme, mais d’aider le corps à sortir d’un état de survie chronique.
À retenir en 3 points
- Le Réflexe de Paralysie par la Peur est un réflexe de survie : lorsqu’il reste actif, le corps peut demeurer en état d’hypervigilance et d’insécurité permanente.
- Chez certaines personnes autistes, ce réflexe peut amplifier les difficultés sensorielles et relationnelles, sans être la cause de l’autisme.
- La sécurité corporelle est un préalable à l’apaisement émotionnel et à la relation : accompagner le système nerveux permet d’ouvrir de nouvelles possibilités, sans chercher à normaliser.
En conclusion
Comprendre le lien entre le Réflexe de Paralysie par la Peur et l’autisme, c’est avant tout changer de regard. C’est reconnaître que derrière certains comportements se cache souvent un système nerveux en quête de sécurité.
Dans le prochain article, nous verrons comment le mouvement conscient, et notamment la méthode MUNZ FLOOR®, peut soutenir cette régulation profonde du système nerveux et accompagner le corps vers plus de sécurité et de fluidité.
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