Césarienne et développement de l’enfant : et si nous regardions sa chorégraphie de naissance ?
« Il est né par césarienne. Est-ce que cela peut avoir une influence sur son développement ? »
C’est une question que les parents me posent parfois, souvent plusieurs années après la naissance de leur enfant, lorsqu’une difficulté apparaît : maladresse, difficultés de coordination, hypersensibilité au toucher, besoin important de bouger, difficultés d’attention, apprentissages laborieux…
Pour autant, il ne s’agit surtout pas de dire qu’une césarienne « provoque » des difficultés chez l’enfant.
Une naissance par césarienne peut être parfaitement vécue par le bébé et ne poser aucune difficulté particulière dans son développement.
Mais la manière dont nous venons au monde fait partie de notre histoire corporelle.
Et lorsqu’on s’intéresse aux réflexes archaïques, la naissance prend une dimension particulièrement intéressante.
La naissance : une véritable chorégraphie corporelle
Pour naître, le bébé ne reste pas simplement passif.
Son corps participe activement à ce qui se passe.
Dans les dernières semaines de grossesse puis au moment de la naissance, une succession de mouvements et de réponses automatiques accompagne le bébé dans son passage vers le monde extérieur.
Dans l’approche des réflexes archaïques, j’aime parler d’une « chorégraphie de naissance ».
Une chorégraphie composée d’une succession de réflexes et de mouvements automatiques qui vont permettre au bébé de s’organiser, de bouger, de s’orienter et de participer à sa naissance.
Ces réflexes sont présents très tôt dans la vie.
Ils constituent en quelque sorte le premier langage du corps.
Avant de savoir marcher, parler, écrire ou même contrôler volontairement ses mouvements, le bébé dispose déjà de tout un répertoire de réponses réflexes.
Au fil de son développement, ces mouvements vont évoluer et progressivement laisser davantage de place à des mouvements volontaires, coordonnés et adaptés à son environnement.
La naissance est donc une première grande expérience sensorielle et motrice.
Que se passe-t-il lors d’une naissance par césarienne ?
Lors d’une naissance par voie basse, le bébé traverse différentes étapes : les contractions, l’engagement dans le bassin, la progression, les changements de position et les pressions exercées sur différentes parties de son corps.
Lors d’une césarienne, le déroulement est différent.
Le bébé est extrait chirurgicalement de l’utérus, sans vivre exactement cette succession d’étapes.
Cela ne signifie pas qu’il manque quelque chose à l’enfant.
Cela signifie simplement que son expérience corporelle de la naissance est différente.
Et il existe d’ailleurs de nombreuses autres situations qui peuvent modifier cette expérience : naissance prématurée, déclenchement, présentation particulière du bébé, utilisation d’instruments, urgence médicale, difficultés respiratoires ou séparation temporaire après la naissance.
Chaque histoire est unique.
Et si cette histoire corporelle était à prendre en compte ?
Lorsque l’enfant grandit, nous regardons généralement ce qu’il sait faire.
- Est-ce qu’il marche ?
- Est-ce qu’il parle ?
- Est-ce qu’il sait courir ?
- Est-ce qu’il apprend à lire ?
- Est-ce qu’il écrit correctement ?
Mais nous regardons moins souvent comment son corps réalise tout cela.
- Comment se tient-il ?
- Comment se déplace-t-il ?
- Comment coordonne-t-il ses deux côtés ?
- Comment réagit-il au toucher ?
- Comment gère-t-il les stimulations ?
- A-t-il besoin de bouger constamment ?
- Se fatigue-t-il rapidement lorsqu’il doit rester assis ?
- Sous-sous-titre
- A-t-il du mal à trouver une posture confortable ?
Certains enfants développent des stratégies remarquables pour compenser leurs difficultés.
Ils peuvent comprendre parfaitement une consigne mais avoir beaucoup de mal à la réaliser.
Ils peuvent avoir de bonnes capacités intellectuelles mais se retrouver en difficulté lorsqu’il faut écrire, copier, rester assis ou coordonner plusieurs actions en même temps.
C’est dans ces situations que l’observation du corps peut apporter un autre éclairage.
Le toucher : le premier langage du bébé
Avant même de comprendre les mots, le bébé reçoit énormément d’informations par son corps.
Le contact avec ses parents, le portage, les changements de position, la température, les pressions, les mouvements, les odeurs, la voix…
Toutes ces expériences participent à son environnement sensoriel.
Après une césarienne, les premiers instants peuvent parfois être différents de ceux imaginés.
Il peut y avoir une intervention médicale, une surveillance particulière, une séparation temporaire entre le bébé et sa mère ou simplement une récupération physique plus longue pour la maman.
Cela ne signifie absolument pas qu’un problème d’attachement va apparaître.
L’attachement se construit dans la durée, dans la répétition des interactions, dans les réponses apportées aux besoins de l’enfant et dans toutes les expériences quotidiennes partagées avec ses parents.
Mais lorsque, plus tard, un enfant présente une grande sensibilité au toucher, n’aime pas certaines matières, refuse certains vêtements, supporte difficilement les contacts physiques ou semble avoir besoin de contrôler son environnement sensoriel, il peut être intéressant de regarder son histoire sensorielle dans son ensemble.
Les réflexes archaïques : les premiers mouvements du corps
Les réflexes archaïques sont des réponses automatiques présentes dès les premiers temps de la vie.
Ils permettent au bébé de répondre à son environnement avant même qu’il puisse contrôler volontairement ses mouvements.
Dans l’approche que je pratique, on s’intéresse notamment à la manière dont ces réflexes apparaissent, évoluent et s’intègrent au cours du développement.
J’aime les présenter comme les premiers mouvements d’une grande chorégraphie corporelle.
Chaque étape prépare la suivante.
Le bébé explore son corps, pousse sur ses appuis, se retourne, attrape, porte à la bouche, rampe, se redresse, se déplace…
Progressivement, il construit sa coordination, son équilibre, sa conscience corporelle et sa capacité à agir volontairement.
Césarienne et réflexes archaïques : attention aux raccourcis
Il serait tentant de dire :
« Césarienne = réflexes non intégrés = difficultés chez l’enfant. »
Ce serait beaucoup trop simpliste.
Le développement d’un enfant ne dépend jamais d’un seul événement.
Une césarienne ne signifie pas qu’un enfant aura des difficultés.
Et une difficulté rencontrée par un enfant ne signifie pas qu’elle est due à sa naissance.
En revanche, l’histoire de naissance peut constituer une information intéressante parmi beaucoup d’autres lorsqu’on cherche à comprendre son fonctionnement.
C’est cette nuance qui me paraît essentielle.
Il ne s’agit pas de chercher une cause unique.
Il s’agit de regarder l’enfant dans sa globalité.
Quand peut-on se poser des questions ?
L’observation des réflexes archaïques peut être une piste complémentaire lorsque l’enfant présente certaines particularités, par exemple :
- difficultés de coordination ou maladresse ;
- difficulté à utiliser les deux côtés du corps ;
- équilibre fragile ;
- difficultés de motricité fine ;
- écriture fatigante ou laborieuse ;
- hypersensibilité au toucher ou à certaines sensations ;
- besoin important de mouvement ;
- difficulté à rester dans une posture ;
- difficultés d’attention ;
- fatigue importante lors des apprentissages ;
- difficulté à gérer certaines stimulations sensorielles.
Ces signes ne permettent évidemment pas à eux seuls de conclure à un problème de réflexes archaïques.
Ils peuvent simplement inviter à observer autrement.
Et si nous commencions par écouter le corps ?
Lorsqu’un enfant rencontre des difficultés, nous avons souvent tendance à lui demander de faire davantage :
- « Concentre-toi. »
- « Tiens-toi correctement. »
- « Arrête de bouger. »
- « Fais un effort. »
- « Recommence. »
Mais parfois, avant de demander à l’enfant de faire plus d’efforts, il peut être intéressant de se demander :
- Est-il réellement disponible pour apprendre ?
- Son corps est-il suffisamment organisé ?
- Se sent-il en sécurité ?
- Comment gère-t-il les sensations ?
- Comment utilise-t-il son mouvement ?
- Comment s’organise-t-il dans l’espace ?
- Et surtout : qu’est-ce que son corps essaie peut-être de nous dire ?
Une naissance ne détermine jamais l’avenir d’un enfant
Votre enfant est né par césarienne ?
Il n’y a aucune raison de culpabiliser ou de penser que vous avez « mal commencé » son histoire.
La naissance est parfois exactement celle qui était nécessaire pour que le bébé et sa maman soient en sécurité.
La césarienne n’est pas un échec de la naissance.
C’est simplement une autre manière de venir au monde.
Mais si votre enfant rencontre aujourd’hui certaines difficultés, son histoire de naissance peut faire partie des éléments que l’on choisit d’observer, au même titre que son développement moteur, sensoriel, émotionnel et relationnel.
Chez Grandir85, regarder l’enfant autrement
Dans mon accompagnement, je m’intéresse à l’enfant dans sa globalité.
L’intégration des réflexes archaïques permet d’observer certains mouvements et réponses corporelles et de proposer des activités adaptées à l’enfant.
L’objectif n’est pas de mettre une étiquette sur une difficulté.
L’objectif est de mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant et de l’accompagner à partir de ses ressources.
Parce qu’avant d’être un enfant qui « ne tient pas en place », qui « manque de concentration », qui « écrit mal » ou qui « n’aime pas le contact », il y a un enfant avec une histoire corporelle, sensorielle et émotionnelle qui lui est propre.
Et parfois, pour l’aider à avancer, il suffit de commencer par écouter ce que son corps nous raconte.
À retenir
Une césarienne ne provoque pas automatiquement de difficultés de développement.
Mais la naissance constitue une expérience corporelle importante. Dans une approche par les réflexes archaïques, elle peut être considérée comme l’un des éléments de l’histoire de l’enfant, notamment lorsqu’il présente ensuite certaines particularités motrices, sensorielles ou attentionnelles.
Comprendre plutôt que culpabiliser. Observer plutôt que chercher un responsable. Accompagner plutôt que forcer.
C’est cette démarche que je propose chez Grandir85, à Fontenay-le-Comte.
L’intégration des réflexes archaïques est une approche complémentaire et ne se substitue pas à un diagnostic ou à un suivi médical, paramédical ou psychologique lorsque celui-ci est nécessaire.


